Text by Nadejda L. LOUJINE

LE MENUET

LES DIFFERENCES–6–
LE MENUET

Un prêtre, l’abbé Brossard,  est le premier à évoquer le menuet. A l’entendre cette danse serait née  dans le Poitou, région du centre de la France. Elle tirerait son nom des pas menus et serrés qui la composent.
Le pas de base du menuet est d’une exécution relativement  simple dans la mesure où il vise à faciliter les déplacements dans toutes les directions.
Nous proposons ici,  la description simplifiée par nos soins, du principe de base. Cette transcription est inspirée du dictionnaire de la  danse de Charles  COMPAN en 1786 et 1787 :

« Le corps étant en appui sur le pied gauche, vous pliez sur cette même jambe et vous vous élevez légèrement dessus, sur ½ pointe. La jambe droite suit et se place, allongée à côté du talon gauche. Les deux pointes tournées en dehors. Vous avez alors exécuté un demi-coupé du pied droit, vous recommencez un demi-coupé du pied gauche. Puis, sans poser les talons vous faites ensuite deux pas marchés en avant sur la 1 /2 pointe l’un du droit, l’autre du gauche, mais à la fin, en le  laissant doucement poser le talon ». (1)

1501chara.gif Reproduction d’un menuet le « Menuet pour un homme et une femme » Musique de Lully d’après la notation de Raoul Augé Feuillet

Le Menuet fut en vogue particulièrement en France,  à partir de la fin  du XVIIe siècle puis tout au long du XVIIIe. Ainsi couvrit-il les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI.
Louis Pécour (2) - un des maitres à danser du roi Louis XIV -  aurait été le premier  à introduire dans un ballet,  un menuet, lequel fut créé sur une musique de Lully.
Pécour transforme le dessin chorégraphique originel de cette danse en  « Z » -  dernière lettre de l’Alphabet français , en  « S », quatorzième lettre. Le « S » étant réputé plus doux et plus charmant.
Le  menuet exige tout à la fois, noblesse, simplicité  et élégance. Il  fait partie des danses dites « terre à terre » ce qui signifie qu’il ne saute pas. Sa structure rythmique est à trois temps.  L’enchainement même,  du pas dit de Menuet est composé de quatre sections qui n’en font qu’une par leur liaison entre elles. C’est ainsi que le nombre de mesures est toujours un multiple de quatre étant donné qu’il faut quatre mesures pour finir un « pas » complet de menuet. Le musicien doit aider les danseurs à maintenir la cadence  en marquant clairement cette division musicale.
Très proche de la composition de la gavotte, le menuet  lui servait d’introduction à l’occasion des bals donnés à la  cour. Il était,  en principe, placé après la « sarabande » et avant la « gigue ».
Un des menuets célèbres est celui de la pièce de Molière « le Bourgeois gentilhomme », un menuet fait pour faire danser le personnage principal de Monsieur Jourdain. (2)
Au cours du XIXe siècle le menuet revient à la mode dans les salons mondains, cependant, ces chorégraphies s’appuyaient trop sur des mises en scène de théâtre comme celle de Don Juan, par exemple. Ce qui eu pour effet de décourager le public amateur qui ne parvenait pas à exécuter des compositions trop complexes.
Comme le soulignait Georges Desrat dans son « dictionnaire de la danse » en 1895. « Les attitudes, les mouvements des bras usités au théâtre, ne produisent pas le même effet dans un salon ».
A l’origine, le menuet se dansait  à un seul couple. Plus tard, certains maîtres à danser tel Georges  Desrat précisément, en ont composé d’autres en plaçant deux couples en vis-à-vis. Ces « nouveaux » menuets vont inspirer les contre-danses françaises. Lesquelles contre-danses auront également pris leur inspiration dans les country dances anglaises. Mais ceci est une autre histoire….

(1)Nous avons ici sciemment supprimé les passages brouillant la compréhension et transcrit le tout en  un français moderne.
(2) louis Pécour (ou Pécourt) est né à Paris le 10 août 1653 et mort à Paris le 12 avril 1729
Formé par Pierre Beauchamp, il débute en 1671 dans le ballet Psyché de Molière, musqiue de Lully. Louis Pécour, succédant à son maître pierre Beauchant, est nommé compositeur des ballets de l'Académie royale de Musique en 1687 et règle de nombreux ballets pour l'Opéra, la cour et le collège jésuite Louis-le-Grand. (d’après Wikipedia mai 2014).  Raoul-Auger Feuillet, qui le considère comme « le modèle des plus parfaits danseurs », publie cent vingt de ses chorégraphies dès 1700. Michel Gaudrau, danseur de l'Académie de Musique, continuera ces publications de 1712 à 1721, poursuivies par Jacques Dezais, autre maître à danser, jusqu'en 1728. (d’après Wikipedia mai 2014)

Nadejda L. Loujine

Professeur invitée Gelsey Kirkland Academy – New York
Ancien professeur à l’Ecole du Ballet de l’Opéra National de Paris
Chevalier des Arts et des lettres
ACTUELLEMENT :
-Conseillère auprès de Jean Guillaume Bart pour les danses Caucasiennes
   -« Ballet la Source » - Création Opéra Nationale de Paris
-Professeur, Conseillère Chorégraphique au Théâtre du soleil
-    Ariane Mnouchkine- « Les Naufragés du Fol Espoir »
-Professeur invitée Ecole du Joffrey Ballet – New York
-Chorégraphe et Professeur à l’Opéra de Barcelone
    - Gran Teatro delLiceo – « La Dame de Pique »
-Chorégraphe pour diverses productions théâtrales 
-Auteur de « L’Enseignement de la Danse de Caractère » in « La Danse
    De caractère « Edition Amphora (1987)
URL    www.dansedecaractere.com