Text by Nadejda L. LOUJINE

LA CSARDAS

LES DIFFERENCES–5–
LA CSARDAS

La csardas est une danse hongroise dont l’apogée se situe vers 1830. Son nom signifie « auberge » ou « maison de bière ». La musique de la csardas est binaire, la majorité du temps en 2/4 ou 4/4 , elle peut commencer lentement (Lassu) et se termine toujours dans un tempo rapide, voire extrêmement rapide (Friss)
Son origine prend source dans la déclinaison des verbunkos, ces danses de recrutement très en vogue dans les armées des Habsbourg (lignée royale de la maison d’autrice). En allemand, « verbinden », signifie « rassembler ». Ainsi des soldats allaient-ils de village en village, afin de séduire les jeunes hommes pour les enrôler dans l’armée. A l’origine, ces danses étant exécutées avant tout par des cavaliers-militaires c’est pourquoi on y rencontre un mouvement récurent ; celui de claquer les talons pour faire cliqueter les éperons.
Le pas de base de la csárdás est apparenté aux anciens branles : il est composé de deux pas latéraux dans un sens, suivis de deux pas latéraux dans l’autre sens. Pour plus d'élégance, l’enchainement est souvent accompagné dans sa première moitié d'un balancement du corps dans la direction opposée à celle de l’attaque du pas.

Danses folkloriques Hongroises
Voir YouTube《Hungarian Folk dances : Csardas and Palotas》

Voir YouTube《Szolotanc Gala – Csardas  Csokor》


Désormais, la csardas est avant tout une danse de couple que l’on retrouve dans toutes les régions où vivent des Hongrois de souche, ainsi peut-on la rencontrer également en Roumanie.
En principe le couple se déplace soit ensemble, c’est-à-dire face à face en miroir, soit en attaquant du même pied sur un cercle. Deux pas à droite, suivis de deux pas à gauche, constituent une unité, mais il existe, bien évidement, de nombreuses variantes suivant les régions : pas en avant et en arrière, avec ou sans inflexion, pas en diagonale ou en tournant.
Parmi les figures, on note les déplacements circulaires simples, les tours en couple, les tours de la femme seule, les séparations et rapprochements des partenaires.
L'influence des csárdás est très forte dans les divertissements des ballets classiques, à tel point que toute danse de caractère, même si elle n’est pas d’inspiration hongroise, échappe rarement à ce claquement caractéristique des bottes, après un passage en dedans en demi-plié sur un ou sur deux pieds. Ce phénomène, vient du simple fait, que certains chorégraphes ont simplement copié les anciens chorégraphes tels que Petitpa, sans connaître autant qu’eux les sources traditionnelles. Ainsi ce mouvement des talons, appelé en Hongrois « bokazo », est-il devenu au fil du temps, l’alibi l’estampille, la marque, de ce qui n’est pas la danse classique. Un peu comme si, inclure un bokazo dans un enchainement, était preuve de la création d’une « véritable » danse de caractère. L’erreur est grossière mais l’artifice fonctionne et cette croyance a la vie dure ! A n’en pas douter ce plaisir du passage de l’en dedans à l’en dehors, ce jeu « défendu » fascine profondément « le danseur classique ». Il est si agréable de transgresser un interdit !
Au 19e siècle, en Hongrie, afin de vivifier leurs traditions, certains chorégraphes traditionnels Hongrois, ont fait appel à des chorégraphes Français. Ainsi les Csardas, ont-elles évolué, se sont transformées sur place pour devenir de véritables morceaux de bravoure. On rajouta même parfois aux bottes des dames de petits éperons. De nos jours, un grand danseur de danses traditionnelles Hongroises accède au titre « d’éperon d’argent », l’équivalent de « danseur soliste » ou « principal » pour le ballet classique Européen.
Nombreux sont les chorégraphes qui ont intégré à leurs ballets des csárdás mais la plus célèbre reste sans conteste celle de Marius Petipa pour le lac des cygnes.

Voir YouTube Danse Hongroise "Czardas" - Swan Lake Act 3

De grands compositeurs également ont traité des thèmes de csárdás : Franz Liszt, Johannes Brahms, Johann Strauss, Pyotr Ilyich Tchaikovsky…
Aujourd’hui en Hongrie la musique de csardas est essentiellement jouée par les nomades (Tsiganes) et tient, le rôle que tiennent les rengaines ou les tubes à la mode.

Nadejda L. Loujine

Professeur invitée Gelsey Kirkland Academy – New York
Ancien professeur à l’Ecole du Ballet de l’Opéra National de Paris
Chevalier des Arts et des lettres
ACTUELLEMENT :
-Conseillère auprès de Jean Guillaume Bart pour les danses Caucasiennes
   -« Ballet la Source » - Création Opéra Nationale de Paris
-Professeur, Conseillère Chorégraphique au Théâtre du soleil
-    Ariane Mnouchkine- « Les Naufragés du Fol Espoir »
-Professeur invitée Ecole du Joffrey Ballet – New York
-Chorégraphe et Professeur à l’Opéra de Barcelone
    - Gran Teatro delLiceo – « La Dame de Pique »
-Chorégraphe pour diverses productions théâtrales 
-Auteur de « L’Enseignement de la Danse de Caractère » in « La Danse
    De caractère « Edition Amphora (1987)
URL    www.dansedecaractere.com