Text by Nadejda L. LOUJINE

DANSE POPULAIRE, FOLKLORIQUE , TRADITIONNELLE, NATIONALE ET DE CARACTERE

LES DIFFERENCES -2-
DANSE POPULAIRE, FOLKLORIQUE , TRADITIONNELLE, NATIONALE ET DE CARACTERE

Dans notre précédent article,  nous avions souligné à quel point, les danses populaires, traditionnelles ou folkloriques constituaient une source d’inspiration pour la danse de caractère. Il convient d’aborder à présent, les concepts qui sous-tendent ces diverses définitions. En effet, si de nombreuses composantes les unissent, leur philosophie et leur démarche esthétique, les distinguent radicalement.
Danses traditionnelles et danses folkloriques participent toutes deux de cette affirmation identitaire développée au sein d’une société afin d'en maintenir la cohésion.
La danse, la musique, la littérature, la poésie ou encore l'artisanat participent de ces formes d'expressions qui soudent les relations entre les individus d'un même groupe.
Folklore, par définition signifie, "science du peuple". Chaque ethnie, peuple, pays, ou nation décline sa vision personnelle du monde et l’insuffle dans ses traditions. Ainsi, les danses folkloriques sont-elles le résultat d'un imaginaire collectif crée par une société donnée, pour cette même  société. Des danses nées du peuple pour le peuple et qui offrent, le plus souvent à l’occasion de fêtes, des opportunités pour s’unir, se divertir et se reconnaître de la même appartenance.

 Les danseurs, pratiquants des danses « dites folkloriques » - furent de longs termes reconnus par les autres membres de la société,  comme les détenteurs d’un précieux pouvoir fédérateur.
En plus de rassembler, ces danses permettaient de préparer au travail de la terre, au combat, ou à la construction des édifices. Respirer, s'étirer, se muscler pour garder un corps délié, une santé résistante. Dans les textes sur les danses folkloriques, il n’est pas rare de noter des références aux qualités physiques des individus, dont le danseur est le modèle : stature, force, vélocité. Une société vigoureuse et pérenne s’est longtemps envisagée  sous la forme d’une communauté d’êtres résistants.
Les mouvements utilisés étaient instinctivement adaptés, aux nécessités immédiates de survie mais également au climat et au relief du pays, en conséquence de quoi les danses ne se ressemblent pas d’un pays à l’autre, même si elles peuvent avoir des points communs.

En Europe, il n’est pas rare que l’on emploie indifféremment les termes de danses folkloriques, danses populaires ou danses traditionnelles pour définir des danses ayant trait aux traditions. Ces imprécisions d’interprétations ont produit, au fil du temps, de profondes confusions auprès du public.
Si en 1965 Maurice Louis* parlait des danses populaires en les qualifiant de  "danses nées dans le peuple, danses qui plaisent au peuple". Il ne pouvait présumer alors, de l’ampleur que prendraient les médias et que le mot «  populaire » subirait un profond glissement sémantique.
En parlant des danses populaires, Maurice Louis faisait référence aux cercles de  danses
- associations regroupant des amateurs, souvent éclairés - où tout un chacun dansait comme avait dansé son père, son grand-père, et avant lui ses ancêtres ;  des danses à « vivre ensemble »,  fixées pour la plus part au XIXe siècle, mais que l’on se plaisait à penser bien plus anciennes.
En ces temps, le « grand nombre »  se limitait encore à un groupe social.
Cependant avec l’avènement de la télévision, des réseaux sociaux et des sites de vidéos communautaires, le « grand nombre » est devenu une masse gigantesque. Il suffit désormais d’un clip ou d’une chorégraphie de film à succès pour qu’une gestuelle soit reprise non plus par un seul "peuple", mais par une multitude. Ces phénomènes à répétition, se répandent sans limitation de frontières, de continents ou d'appartenances sociales et ne restent populaires que le temps d’une mode.
Ces ainsi que les danses populaires se confondent aujourd’hui avec des danses de masse.
VOIR ANNEXE1

Pour autant danses folkloriques ou traditionnelles sont encore pratiquées au sein de groupes dont les membres constituants, ont un lien d'appartenance fort : soit national, régional ou corporatif. Elles ont encore et toujours, pour fonction de vivifier des liens puissants entre les participants. Mais il existe une différence sensible entre « danses  folkloriques » et « danses traditionnelles », qu’il convient de préciser ici.  Les  danses folkloriques sont avant tout des danses à partager entre soi (entre personnes d’un même groupe social), VOIR ANNEXE 2
elles peuvent être considérées traditionnelles dès lors que la société dans laquelle elles  sont nées, les reproduit régulièrement en public en en ayant fixé règles et composants.
Leur  fonction première n'est plus la seule proclamation identitaire et il devient dans le cas de ces manifestations, possible de distinguer les  danseurs de ce qui les regardent.
L’objectif est infléchi : du statut de danses à vivre elles passent à celui de danses à monter. La danse traditionnelle devient ainsi théâtralisation d’une identité. VOIR ANNEXE 3
C’est pourquoi  les grands rassemblements de la Saint Patrick en Irlande, les Fez Noz en France, les fêtes folkloriques au Québec, et bien d’autres manifestations de ce type connaissent un immense succès. Dans tous les pays on remarque ce même goût pour la valorisation des racines.  Un phénomène qui provoque en tout un chacun le sentiment d’être unique, donc rare et flatte par là même,  la fierté identitaire.

Le pays qui a su le mieux  utiliser cette corde sensible est l’ex URSS.
Le régime  avait arbitrairement empruntés aux différents folklores pour chorégraphier des tableaux voulant inculquer à des ethnies hétérogènes  le sentiment d’appartenance à une même et grande nation. Les lignes, les pas, les morceaux de bravoure,  les costumes, tout étaient fait pour frapper et marquer les esprits.
Ces oeuvres fixées dans un cadre arrêté,  doivent être appelées, dans ce cas : danses nationales. Elles sont en effet, la théâtralisation d’une idéologie et non plus d’une identité.
VOIR ANNEXE 4
Alors que les danses populaires sont phénomène de masse, lié à la mode,  alors que les danses folkloriques se pratiquent entre aficionados, que  les danses traditionnelles se partagent avec le public, les danses nationales, quant à elles, imposent des idées.
Ces quatre formes chorégraphiques ont en commun d’être le fruit d’une pensée collective, d’un imaginaire commun à un groupe, qu’il soit social, ethnique ou politique.

Bien que la danse de caractère s’inspire effectivement, de ces diverses variations, elle n’en partage aucunement la philosophie. VOIR ANNEXE 5
La danse de caractère est avant tout la théâtralisation de la pensée d’un artiste, d’un seul créateur. Elle est effectuée par des danseurs professionnels (ou des amateurs éclairés, comme d’ailleurs, pour les danses nationales) et évolue dans le cadre précis des codes de mise en scène.
Le danseur de caractère ne proclame pas sa propre identité, il interprète un personnage.
Et, ce faisant, joue une facette de la partition humaine ; une humanité : la nôtre, pétrie de contradictions, de rêves, d'imperfections, d'égarements et de joies.
Peu importe l'authentique, pourvu que vive le vraisemblable, le possible, le crédible ou l'incroyable.
Autant les danses traditionnelles s’appuient-elles sur tout ce qui rapproche les membres d'une même société, autant la danse de caractère va-t-elle s'attacher à ce qui différencie les personnages les uns des autres, dans le but de peindre un univers unique.

La danse de caractère "danse de personnage", déclinaison scénique du traditionnel ou du populaire, introduit entre le personnage et le spectateur, un être supplémentaire et fondamental : l’acteur.

A supprimer :
Dans le prochain article nous évoquerons l’évolution des plus importantes danses de caractère : tarentelle, marzurka, czardas…..


ANNEXES


Annexe 1 : DANSES POPULAIRES
LE TWIST
Cette danse POPULAIRE des années 1960 connu un succès planétaire sans limitations de continent, frontières, paysIci, Johnny Halliday, célèbre chanteur Français.
 (Voir You Tube. Dans la première partie de la vidéo, les danseuses accompagnant les musiciens, ne sont là que pour servir de modèle au public)


Annexe 2 :  DANSES FOLKLORIQUES
a- Une danse du pays Basque (Extrême sud ouest de la France)
 Cette danse : qui porte le nom de Mutxico,  fut spécialement  filmée le 9 juin 2013, dans le but d’illustrer cet article. Elle se déroule sur la place de la mairie de Bidart.
Lors d’occasions comme celles présentées ici, les participants entre dans la danse au gré de leur envie, sans mise en scène. IL s’agit de partager une identité commune.
Aucun  soin particulier n’est apporté aux vêtements, on danse « comme on vit ». S’il est besoin de rajuster sa coiffure ou sa tenue, les gestes se font naturellement.
Remarquez, en fond de film, les jeunes enfants qui se livrent à une imitation des adultes.



b- une danse FOLKLORIQUE exécutée lors d’un Fest Noz. Danse de Bretagne (Nord ouest de la France).
Pas de public défini, tous les participants sont invités à danser quel que soit leur niveau.
En fond, différents emblèmes et drapeaux Bretons. Voir You Tube.


Annexes 3 : DANSES TRADITIONNELLES :
Exécutées par des danseurs amateurs se produisant en public. Il est notable, dans les exemples qui suivent, que les participants partagent une identité commune qu’ils souhaitent défendre et proclamer.

a-    FANDANGO De Monsieur BETTELU, dansée par le groupe AKELARRE
Danse du pays Basque (extrême sud ouest de la France)
:  spécialement crée pour être dansé en public, cette danse reprend les composantes des danses basques. Même si les danseurs sont amateurs, il est clair qu’ils ont suivi un entrainement poussé, régulier.
Les costumes sont soignés et ont un sens profond.



Et depuis leur plus jeune âge :

b-BANAKO : Danse du pays Basque (extrême sud ouest de la France) – danse de compétition masculine



c-    Titre de la danse : Ar Vro Vigoudenn plinn : Danse de Bretagne (Nord ouest de la France). Bien que le public soit disposé de manière frontale, les danseurs n’hésitent pas à lui tourner le dos. Dans ce cas la mise en scène de l’identité prévaut sur la notion de danse devant une audience.  Voir You Tube.


ANNEXES 4 :  DANSES  NATIONALES.


Dans cette danse supposée Cosaque, les choeurs de l’armée rouge mettent en scène l’idéal patriotique. Les valeurs de combats et  de force sont à l’honneur. Ces déclinaisons de pas sont devenus, pour le grand public,  LA représentation de LA danse nationale Russe (d’ex Union Soviétique). La chorégraphie reprend des pas folkloriques essentiellement Ukrainiens et Russes, ces pas sont déclinés et adaptés à des danseurs professionnels de haut niveau.
Les costumes sont génériques et pourraient s’appliquer à plusieurs représentation de costumes traditionnels. La musique est décliner de manière à ne pas rappeler plus particulièrement une ethnie des anciennes républiques soviétiques. Voir You Tube.

Cette danse sensée représenter la quintessence de l’esprit Russe, suit la même déclinaison pour toutes les anciennes républiques soviétiques, dont voici un exemple Ukrainien.
Les pas des garçons ne diffèrent pas des pas des hommes de la vidéo précédente.
Voir You Tube.


ANNEXE 5 : DANSE DE CARACTERE

TITRE : FARANDOLE UKRAINIENNE
Chorégraphie de Nadejda L. LOUJINE Dansée par les élèves de la GELSEY ACADEMY.
Une danse de caractère qui cite l’Ukraine dans le but de présenter au public une miniature évocatrice de l’univers slave. Il n’est pas question ici de copier un grand ensemble mais, au travers d’une miniature, de conter une histoire avec poésie.

Nadejda L. Loujine

Professeur invitée Gelsey Kirkland Academy – New York
Ancien professeur à l’Ecole du Ballet de l’Opéra National de Paris
Chevalier des Arts et des lettres
ACTUELLEMENT :
-Conseillère auprès de Jean Guillaume Bart pour les danses Caucasiennes
   -« Ballet la Source » - Création Opéra Nationale de Paris
-Professeur, Conseillère Chorégraphique au Théâtre du soleil
-    Ariane Mnouchkine- « Les Naufragés du Fol Espoir »
-Professeur invitée Ecole du Joffrey Ballet – New York
-Chorégraphe et Professeur à l’Opéra de Barcelone
    - Gran Teatro delLiceo – « La Dame de Pique »
-Chorégraphe pour diverses productions théâtrales 
-Auteur de « L’Enseignement de la Danse de Caractère » in « La Danse
    De caractère « Edition Amphora (1987)
URL    www.dansedecaractere.com